Le NuvaRing et la santé mentale : le mythe du "local donc sans effet".
- Estelle de Pélichy-Jeanson
- 2 avr.
- 2 min de lecture
En consultation, la scène est familière. Une femme a mal toléré la pilule — humeur instable, libido absente, elle ne se reconnaissait plus. On lui propose le NuvaRing. "C'est différent, c'est local, ça passe moins dans le sang."
Elle repart rassurée. Quelques mois plus tard, elle revient avec les mêmes symptômes.
Le NuvaRing libère deux molécules : de l'éthinylestradiol et de l'étonogestrel. Ce dernier est un progestatif de troisième génération. "Local" ne signifie pas confiné. L'absorption vaginale est systémique — l'étonogestrel circule dans le sang, franchit la barrière hémato-encéphalique, et agit sur le cerveau.
C'est de la pharmacocinétique.
L'étonogestrel a une affinité androgénique significative. Concrètement : il contribue à abaisser la testostérone libre, déjà réduite par l'éthinylestradiol. Le résultat ? Une testostérone effondrée — avec tout ce que cela implique sur la libido, l'énergie, la motivation, et l'humeur.
Les chiffres existent ! La grande étude danoise de Skovlund et al. (JAMA Psychiatry, 2016), portant sur plus d'un million de femmes suivies 13 ans, montre que les utilisatrices de l'anneau vaginal à l'étonogestrel présentent un risque 60 % plus élevé pour la prescription d'antidépresseurs que les non-utilisatrices. L'anneau vaginal se situe parmi les formes de contraception hormonale avec le risque le plus élevé, devant la pilule combinée classique.
Le compendium suisse officiel est explicite. Il précise que les troubles dépressifs et les humeurs dépressives sont des effets indésirables connus, qu'ils peuvent survenir peu de temps après le début du traitement, et que la dépression peut être grave et représenter un facteur de risque de suicide ou de comportement suicidaire.
Il recommande d'informer toutes les utilisatrices des symptômes possibles avant la pose — et d'interrompre le traitement en cas de réapparition d'états dépressifs graves.
Les états dépressifs graves figurent même parmi les situations nécessitant une consultation médicale urgente, au même titre que les signes de thrombose.
Ce que les femmes décrivent est cohérent : humeur aplatie, anxiété diffuse, désintérêt sexuel, impression d'être dans le brouillard. Des symptômes progressifs, faciles à attribuer à autre chose — au stress, à la fatigue, à "la vie".
Le NuvaRing n'est pas mal toléré par toutes, mais le présenter un dispositif sans absorption systémique alors qu'il a des effets centraux, c'est inexact.
Et quand une femme revient avec ces symptômes, lui répondre que ça n'a pas de lien — alors que le compendium dit exactement le contraire — ce n'est pas une position défendable.
Informer n'est pas alarmer. C'est la base du consentement éclairé.
Réf. : Skovlund CW et al., JAMA Psychiatry 2016;73(11):1154-1162 | Compendium suisse des médicaments, NuvaRing





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