10 Mythes sur le TDAH - Mythe n°9 : les médicaments abîment le cerveau
- Estelle de Pélichy-Jeanson
- 22 janv.
- 2 min de lecture
C’est une peur très fréquente, presque intuitive.
L’idée que les psychotropes, et en particulier les traitements du TDAH, « abîmeraient » le cerveau à long terme, qu’ils le rendraient dépendant, moins plastique, moins performant.
La science raconte une histoire bien différente.
D’abord, un rappel essentiel pour le TDAH...
Le TDAH est un trouble neurodéveloppemental (du développement du cerveau donc) associé à :
une dysrégulation des circuits fronto-striataux
une modulation dopaminergique et noradrénergique atypique
un contrôle inhibiteur fragile
une impulsivité accrue
Ces particularités existent avant tout traitement, dès la naissance. Comme le fait d’être gaucher, par exemple. Le cerveau n’est pas « normal » puis abîmé par le médicament. Il fonctionne déjà autrement.
Que montrent les études neurobiologiques et cliniques ?
Contrairement au fantasme collectif, les données ne montrent aucune neurotoxicité des psychostimulants lorsqu’ils sont prescrits médicalement.
Au contraire, les grandes études observationnelles et longitudinales montrent :
une normalisation de l’activation de certaines régions frontales
une amélioration de l’efficacité des réseaux attentionnels
une réduction de l’hypervariabilité neuronale
et surtout, des bénéfices fonctionnels mesurables dans la vraie vie
Les effets cliniques documentés
Chez les patients TDAH traités, on observe :
une diminution des accidents de la route
une réduction des hospitalisations psychiatriques
une baisse des comportements à risque (qui, eux, par contre, abîment le cerveau)
une amélioration du fonctionnement scolaire, professionnel et social
Ces données sont robustes, issues de cohortes nationales incluant des centaines de milliers de patients, notamment les registres scandinaves.
Un traitement qui « abîmerait le cerveau » ne réduirait ni la mortalité accidentelle, ni les hospitalisations, ni les conduites dangereuses.
Et le cerveau à long terme ?
Les études d’imagerie ne montrent pas de perte neuronale, pas d’atrophie induite, pas de dégradation cognitive progressive liée aux traitements.
Elles montrent plutôt une stabilisation, parfois une meilleure efficience fonctionnelle, dans un cerveau qui gagne en régulation.
Comme tout traitement
Il existe des effets indésirables possibles. Ils justifient une indication claire, une titration prudente, un suivi médical. Mais cela n’a rien à voir avec une toxicité cérébrale.
La confusion fréquente
On attribue parfois aux médicaments des difficultés qui relèvent en réalité :
du TDAH non traité
de comorbidités anxieuses ou thymiques
de privation de sommeil
de surcharge cognitive chronique
Le médicament devient alors un bouc émissaire commode.
La conclusion scientifique est nette
les traitements du TDAH n’abîment pas le cerveau
ils améliorent la régulation de réseaux déjà atypiques
ils réduisent des risques majeurs bien documentés
le danger principal reste l’absence de traitement chez les patients qui en ont besoin
Références :
Chang et al., NEJM, 2014 – Cohorte suédoise > 2,3 millions
Lichtenstein et al., NEJM, 2012
Chang et al., JAMA Psychiatry, 2019
Faraone et al., World Psychiatry, 2015
Le vrai enjeu n’est pas de « protéger le cerveau du médicament ». C’est de protéger les patients du TDAH non pris en charge.





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