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Il sait où tu es. Toujours. Campagne de la Confédération sur le sujet de la violence.

  • Photo du rédacteur: Estelle de Pélichy-Jeanson
    Estelle de Pélichy-Jeanson
  • 12 févr.
  • 3 min de lecture

Il sait où tu es. Toujours.


Au début, cela se présente souvent comme de la confiance.

Ou plutôt comme son détournement.


« Dis-moi quand tu arrives. »

« C’est normal que je sache où tu es. »

« Je m’inquiète. »


La confiance, pourtant, crée de la liberté. Elle repose sur l’absence de contrôle.

Lorsqu’il faut se justifier, expliquer, rassurer en permanence, on n’est déjà plus dans la confiance. On est dans un glissement vers la surveillance.


Cliniquement, ce glissement est majeur.


Demander des comptes répétés, exiger des réponses immédiates, vérifier les déplacements, contrôler les horaires ou les fréquentations installe une contrainte continue. Le message implicite est simple. Ta liberté est conditionnelle.


Du point de vue neurobiologique, vivre sous surveillance maintient le système nerveux en état d’alerte chronique. Hypervigilance. Anticipation permanente. Charge allostatique élevée. Le corps apprend que la sécurité dépend de la conformité.


C’est ce que décrivent les travaux sur le trauma complexe, dans la lignée de Judith Herman, lorsqu’il n’existe plus d’espace psychique sûr.


Ce qui est fondamental, c’est l’intentionnalité. Dans la majorité des situations de violence relationnelle, l’auteur a conscience de l’effet produit. Il sait que surveiller désorganise. Que cela crée de la peur, de la dépendance, du doute. Et il continue.


Non parce qu’il ne sait pas.


Mais parce que cela permet de garder la main.


On n’est pas face à un excès affectif. On n’est pas face à une perte de contrôle émotionnelle ou à une maladresse relationnelle. On est dans une dynamique relationnelle structurée, où l’autre n’est progressivement plus reconnu comme un sujet autonome, mais comme un objet à réguler, à contenir, à ajuster.


C’est précisément cette bascule que décrit Paul-Claude Racamier. La relation cesse d’être un lien entre deux sujets. Elle devient un système. Un système organisé autour du pouvoir, de l’asymétrie et de la contrainte. La violence n’a pas besoin d’être intense pour être efficace. Elle a besoin d’être cohérente, répétée et orientée.


Dans ce cadre, la contrainte n’est pas toujours explicite.


Elle devient implicite.

Prévisible.

Intégrée.


Avec le temps, il n’est même plus nécessaire d’exiger, de surveiller ou de menacer. La personne anticipe. Elle s’adapte en amont. Elle ajuste ses paroles, ses gestes, ses choix. Non pas parce qu’elle est d’accord, mais parce qu’elle a appris ce qui est attendu pour éviter les conséquences.


La personne s’auto-surveille.


C’est exactement le mécanisme central du contrôle coercitif, tel que conceptualisé par Evan Stark. La violence ne passe plus par la force visible, mais par la restriction progressive des libertés.


Liberté de mouvement.

Liberté de pensée.

Liberté relationnelle.


La domination devient d’autant plus efficace qu’elle devient invisible.

Cliniquement, c’est un point majeur.La violence ne se limite plus à ce qui est fait à quelqu’un.


Elle s’étend à ce que quelqu’un s’empêche de faire, de dire ou même de penser pour rester en sécurité.


Quand la contrainte est intériorisée, le système fonctionne sans bruit.Et c’est précisément pour cela qu’il est si difficile à repérer de l’extérieur.


Les effets sont profonds.Perte de l’autonomie psychique.Désorientation interne.Doute chronique.


Beaucoup de femmes décrivent ne plus savoir si ce qu’elles ressentent est légitime. Cette confusion est au cœur du gaslighting, largement mise en mots dans l’espace public par Giulia Foïs.


La confiance libère.La justification enferme.

Si quelqu’un sait toujours où tu es, ce n’est pas un signe d’amour.

C’est un rapport de pouvoir.


La violence commence aussi comme ça.



Il sait où tu es. Toujours. Campagne de la Confédération sur le sujet de la violence.

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© 2025 Estelle de Pélichy, psychiatre à Morges

Centre de Psychothérapie Lémanique, Rue Louis de Savoie 52, 1110 Morges

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