Ses blagues sont sur toi. Toujours. Campagne de la Confédération sur le sujet de la violence.
- Estelle de Pélichy-Jeanson
- 12 mars
- 2 min de lecture
Ses blagues sont sur toi. Toujours.
Ce sont des blagues, paraît-il. De l’humour. De l’autodérision.
« Il ne faut pas le prendre comme ça. »
Cliniquement, l’humiliation répétée n’est jamais anodine. Quand les blagues ciblent toujours la même personne, toujours les mêmes failles, toujours les mêmes limites, on n’est plus dans l’humour. On est dans une violence relationnelle déguisée.
Le rire, ici, n’est pas partagé. Il est imposé.
Du point de vue psychique, l’humiliation agit comme une menace sociale. Le cerveau la traite comme telle. Activation du stress. Inhibition de la parole. Sidération possible. Le corps apprend qu’exister, parler, se montrer expose à être rabaissée. À force, la personne anticipe.
Elle se fait plus discrète. Plus prudente. Plus petite.
Ce mécanisme est décrit depuis longtemps par Marie-France Hirigoyen, qui montre comment la dérision, le dénigrement et la moquerie constituent des formes majeures de violence psychologique. Leur force tient précisément à leur caractère socialement acceptable.
L’humour devient violent quand il n’est pas réversible. Quand l’autre ne peut pas répondre. Quand dire « ça me fait mal » entraîne encore plus de moqueries.
On n’est pas dans une maladresse. On est dans une asymétrie de pouvoir.
Cliniquement, ces attaques répétées altèrent l’estime de soi et le sentiment de légitimité à exister. Elles participent à l’effacement progressif du sujet, déjà décrit dans les dynamiques d’emprise. Le message implicite est constant. Tu peux être là, mais pas trop. Tu peux parler, mais pas sérieusement. Tu peux exister, mais à condition d’en rire.
Cette banalisation de l’humiliation est aussi profondément culturelle. Mona Chollet montre comment, chez les femmes en particulier, le fait de « savoir rire de soi » est souvent exigé comme preuve de maturité, alors même qu’il s’agit d’une tolérance forcée à la violence symbolique.
À force, la personne doute. Est-ce que j’exagère. Est-ce que je suis trop sensible. Est-ce que le problème, c’est moi.
C’est là que le gaslighting trouve un terrain fertile. La violence est niée. La souffrance est retournée. La cible devient responsable de ce qu’elle subit.
L’humour qui humilie n’est pas de l’humour. C’est une violence qui s’abrite derrière le rire.
La violence commence aussi comme ça.





Commentaires