Tu dis non. Il entend oui. Campagne de la Confédération sur le sujet de la violence.
- Estelle de Pélichy-Jeanson
- 26 févr.
- 2 min de lecture
Ce moment est encore trop souvent présenté comme une zone grise.
Un malentendu. Une ambiguïté. Cliniquement, juridiquement, scientifiquement, ce n’en est pas une. Dire non est un acte de langage clair. Un refus explicite ou implicite.
Verbal ou corporel.
Le corps qui se fige.
La voix qui se tait.
Le regard qui se détourne.
Du point de vue neurobiologique, face à une menace relationnelle ou sexuelle, le système nerveux peut entrer en sidération ou en dissociation. La capacité à parler, à se défendre, à argumenter s’effondre.
Ce silence ou cette immobilité ne sont pas un consentement. Ce sont des réponses de survie, largement décrites dans les travaux sur le trauma complexe, dans la lignée de Judith Herman.
Dans une majorité de situations, l’agresseur perçoit ce non. Il perçoit la tension, le retrait, l’arrêt du mouvement, l’absence d’élan. Et il continue. Ce n’est pas une incompréhension. C’est un passage en force.
L’agresseur sait. Et il agit quand même.
Cette logique s’inscrit dans ce que Paul-Claude Racamier décrivait comme une relation où l’autre cesse progressivement d’être reconnu comme un sujet. Il n’est plus un être désirant, pensant, consentant. Il devient un objet. Un objet de satisfaction, de décharge, de contrôle.
Dans ce type de dynamique, le désir de l’un ne rencontre plus la subjectivité de l’autre. Il l’écrase.
Le non n’est pas entendu comme une limite légitime, mais comme un obstacle à contourner, à user, à fatiguer. La relation n’est plus un espace de rencontre. Elle devient un espace d’appropriation.
C’est précisément ce que décrit le contrôle coercitif, tel que conceptualisé par Evan Stark. Le passage en force n’est pas toujours brutal ni spectaculaire. Il peut être insistant, répétitif, banal. Mais son effet est constant. Il retire à l’autre la possibilité réelle de dire non.
Dire non devient coûteux.
Dire non devient dangereux.
Dire non devient inutile.
À force, le corps anticipe.
Il se fige.
Il se tait.
Il cède sans consentir.
Après coup, le gaslighting vient refermer le système.
« Tu n’as rien dit. »
« Tu ne t’es pas débattue. »
« Tu étais d’accord. »
Cette réécriture de la scène n’est pas une confusion. C’est une stratégie.
Elle vise à déplacer la responsabilité de l’acte vers celle qui l’a subi. À nier la sidération, la peur, la dissociation. Cette mécanique est aujourd’hui largement analysée et mise en mots dans l’espace public par Giulia Foïs.
L’absence de non n’est jamais un oui. Le consentement est un accord libre, éclairé, réversible. Tout le reste est une violence.
La violence commence aussi comme ça.





Commentaires