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Il élève la voix, tu baisses les yeux - Campagne de la Confédération sur le sujet de la violence

  • Photo du rédacteur: Estelle de Pélichy-Jeanson
    Estelle de Pélichy-Jeanson
  • 5 févr.
  • 2 min de lecture

Il élève la voix. Tu baisses les yeux.


Cette scène est souvent minimisée, présentée comme une simple tension relationnelle. Un ton un peu trop fort, un moment désagréable mais sans gravité. Du point de vue clinique, ce n’est pas anodin. C’est un signal de menace.


Quand la voix monte, le cerveau réagit avant la pensée. Le système nerveux autonome s’active. L’amygdale prend le relais. Le cortex préfrontal, celui qui permet de réfléchir, d’argumenter, de dire non, se met en retrait. Le corps choisit une stratégie de survie.


C’est ce que décrivent les travaux contemporains sur le trauma complexe, dans la lignée de Judith Herman, lorsqu’une personne est exposée de manière répétée à une menace relationnelle.


Chez beaucoup, cette stratégie n’est ni la fuite ni l’attaque. Se figer. Baisser les yeux. Se taire. Apaiser.


C’est une réponse neurobiologique adaptative - automatique - à court terme, qui devient délétère lorsqu’elle se répète.


 Ce point est central. Cette réaction est perçue par l'agresseur.


Dans la majorité des situations de violence psychologique, l’agresseur a conscience de l’impact de son ton, de sa voix, de son attitude. Il voit que l’autre se replie, que la parole s’interrompt, que le regard se baisse.


Et il continue. Parce que cela fonctionne. Il a conscience des effets de son comportement sur l'autre.


C’est ce que met en évidence Emmanuelle Piguet lorsqu’elle décrit le passage en force et la conscience de l’effet produit dans les violences relationnelles.


On n’est donc pas face à un débordement émotionnel isolé.


On est dans une dynamique relationnelle structurée. Une violence ajustée, répétée, organisée.


C’est ce que Paul-Claude Racamier décrivait comme une violence d’emprise, qui ne cherche pas à exploser mais à contraindre.


Avec le temps, il n’est même plus nécessaire de crier. Le ton suffit. Parfois un regard.Le corps a appris à anticiper.


C’est le cœur du contrôle coercitif, tel que conceptualisé par Evan Stark.


La contrainte ne passe pas par la force visible, mais par la répétition, l’asymétrie et la peur intégrée.


Ainsi se construisent les microtraumatismes répétés, sans coups, sans scènes spectaculaires.


Mais avec des effets durables. Hypervigilance. Érosion de l’estime de soi. Difficulté à poser des limites. Épuisement psychique.


Ces vécus sont aujourd’hui largement mis en mots dans l’espace public par des autrices comme Giulia Foïs, qui relient expérience intime, clinique et mécanismes de domination.


 Si ton corps se replie, ce n’est pas parce que tu consens. C’est parce qu’il se protège.

 

La violence commence aussi comme ça.



Campagne de la Confédération sur le sujet de la violence

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© 2025 Estelle de Pélichy, psychiatre à Morges

Centre de Psychothérapie Lémanique, Rue Louis de Savoie 52, 1110 Morges

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