« Le TDAH, c'est un déficit d'attention » sauf quand on regarde le mode par défaut du cerveau
C'est dans le nom du trouble, et c'est probablement ce qu'il a de plus trompeur.
Parce que la plainte que j'entends en consultation n'est presque jamais un manque d'attention. C'est le contraire : une attention qui part ailleurs, qui s'accroche à ce qu'il ne fallait pas, qui ne se pose pas là où on le lui demande. Et il existe une hypothèse neurobiologique qui rend compte de ça beaucoup mieux que l'idée d'un réservoir vide.
Le 10 septembre, je vous parlais du réseau du mode par défaut ou DMN : ce système qui tourne quand vous ne faites rien de particulier, qui vous ramène à vous, à vos souvenirs, à ce que l'autre a voulu dire.
Chez tout le monde, ce réseau doit s'éteindre quand une tâche démarre. Ce n'est d'ailleurs pas un interrupteur mais un variateur : le degré d'extinction dépend de la difficulté de la tâche. Plus elle exige, plus le réseau se tait.
En 2007, Edmund Sonuga-Barke et Francisco Castellanos ont proposé une hypothèse restée l'un des modèles les plus discutés du TDAH : l'interférence du mode par défaut. Elle postule que ce qui produit les altérations de performance, ce n'est pas un défaut d'attention, mais l'échec d'une transition complète du mode par défaut vers le mode de traitement actif.
Le réseau ne s'éteint pas franchement. Il continue de tourner sous la tâche. Et il produit des intrusions périodiques, des lapsus attentionnels rythmés, qui ne viennent pas d'un manque d'effort mais d'un système qui n'a pas basculé.
L'hypothèse fait des prédictions testables, et elles ont été testées : les oscillations très lentes du réseau doivent s'atténuer au passage du repos vers la tâche, et l'échec de cette atténuation doit augmenter la fréquence des décrochages. Chez l'adulte, un travail publié en 2024 dans CNS Neuroscience & Therapeutics, comparant 84 adultes TDAH à 89 témoins, retrouve des altérations de connectivité allant dans ce sens.
Deux choses me paraissent importantes ici.
La première tient à une reformulation que les auteurs proposent eux-mêmes. Les décrochages attentionnels, habituellement interprétés comme un défaut de contrôle descendant — comprenez : un manque de volonté, de discipline, d'effort —, pourraient en réalité refléter une orientation ascendante de l'attention vers des stimuli non pertinents.
L'attention n'est pas retenue trop faiblement. Elle est captée trop facilement.
Ce n'est pas la même chose. Et si vous avez passé votre scolarité à vous entendre dire que vous ne faisiez pas assez d'efforts, la différence n'est pas théorique.
La seconde, c'est que Sonuga-Barke et Castellanos suggèrent que leur hypothèse pourrait être surtout pertinente pour le sous-type inattentif. C'est-à-dire précisément la présentation la moins bruyante, la plus compensée — celle dont je vous parlais récemment, qu'on diagnostique à trente-cinq ans.
Un mot d'honnêteté, parce que ce champ est à la mode et qu'on lui fait dire n'importe quoi. Il s'agit d'une hypothèse, pas d'un fait établi. Elle coexiste avec d'autres modèles du TDAH, elle n'explique pas tout, et aucun de ces travaux ne fournit un test diagnostique. On ne diagnostique pas un TDAH avec une IRM fonctionnelle, et méfiez-vous de quiconque vous propose le contraire.
Mais elle change quelque chose à la façon de se raconter sa propre histoire.
Ce n'est pas que vous n'arrivez pas à vous concentrer. C'est que quelque chose, en vous, n'a pas fini de tourner quand vous avez commencé.
Références : Sonuga-Barke EJS, Castellanos FX. Spontaneous attentional fluctuations in impaired states and pathological conditions: a neurobiological hypothesis. Neurosci Biobehav Rev. 2007. Liu et al. Interference of default mode on attention networks in adults with ADHD. CNS Neurosci Ther. 2024.Helps SK, Broyd SJ, James CJ, Karl A, Sonuga-Barke EJS. J Psychophysiol. 2009;23(4):191-198, pour les oscillations lentes.





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