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Pourquoi avons-nous autant de mal à nous reposer ? Ce que les neurosciences nous apprennent sur la fatigue, la flemme et l'été

  • Photo du rédacteur: Estelle de Pélichy-Jeanson
    Estelle de Pélichy-Jeanson
  • il y a 4 jours
  • 5 min de lecture

Nous n'avons jamais eu autant de confort.

Jamais eu autant de technologies destinées à nous simplifier la vie.

Jamais eu autant de possibilités de nous distraire.


Et pourtant, nous n'avons probablement jamais été aussi fatigués.

Chaque été, le même paradoxe revient. Nous partons en vacances avec l'idée de récupérer. Nous remplissons nos journées d'activités, de visites, de restaurants, de randonnées, de séries à regarder le soir, de podcasts à écouter pendant les trajets. Puis nous rentrons en septembre avec une étrange impression : celle de ne pas être réellement reposés.


Nous avons longtemps pensé que le repos était une question de confort.


Les neurosciences racontent une histoire très différente.


La fatigue n'est pas un défaut de caractère


Nous avons pris l'habitude de parler de la fatigue comme d'un aveu. Dire « je suis fatigué » revient presque à s'excuser. Comme s'il fallait toujours pouvoir tenir un peu plus longtemps.


Pourtant, la fatigue est l'un des motifs de consultation les plus fréquents en médecine générale. Elle n'est ni une faiblesse ni un manque de volonté. Elle possède une véritable signature cérébrale.


Les études d'imagerie montrent que la fatigue mentale s'accompagne d'une diminution d'activité dans plusieurs régions impliquées dans la motivation, la prise de décision et l'évaluation de l'effort. Lorsque ces régions ralentissent, initier une action devient naturellement plus coûteux.


Autrement dit, votre cerveau ne vous trahit pas. Il protège ses ressources.


La flemme n'est pas la fatigue


Nous utilisons souvent ces deux mots comme s'ils étaient synonymes. Ils ne le sont pas.

La fatigue parle de votre niveau d'énergie.

La flemme parle de votre allant.


Avant de lancer une action, le cerveau réalise un calcul extrêmement sophistiqué. Il évalue le bénéfice attendu. Il estime le coût de l'effort.

Puis il décide si l'action vaut la peine d'être entreprise.


Lorsque le coût perçu devient supérieur au bénéfice attendu, nous ressentons... la flemme.


Ce n'est donc pas une absence de volonté. C'est le résultat d'un calcul neurologique.


C'est aussi pour cette raison qu'une activité passionnante peut sembler facile malgré la fatigue, alors qu'une tâche vide de sens paraît insurmontable alors même que l'on est reposé.


Pourquoi avons-nous autant de mal à nous reposer ? Ce que les neurosciences nous apprennent sur la fatigue, la flemme et l'été

Le paradoxe du confort moderne


Nous imaginons volontiers que le repos dépend du confort.


Un bon lit.

Une climatisation.

Une semaine de vacances bien organisée.


Pourtant, le cerveau ne récupère pas parce qu'il est confortable. Il récupère lorsqu'il cesse d'être constamment sollicité. Les neurosciences décrivent un réseau appelé Default Mode Network (réseau du mode par défaut).


Il s'active précisément lorsque nous ne poursuivons aucun objectif : lorsque nous rêvassons, observons un paysage, marchons sans écouter de podcast ou laissons simplement notre esprit vagabonder.


C'est durant ces moments que le cerveau consolide les souvenirs, traite les émotions, élabore des solutions et récupère véritablement. Le problème est que notre environnement moderne laisse très peu de place à cet état.


Au moindre silence, nous attrapons notre téléphone.

À la moindre attente, nous ouvrons une application.

Même une promenade devient l'occasion d'écouter un podcast « utile ».


Nous nous distrayons énormément.

Mais nous récupérons de moins en moins.


Le cerveau a parfois besoin... de ne rien faire


Nous avons fini par considérer l'ennui comme un problème.

En réalité, il constitue souvent une solution.


Les environnements calmes, peu stimulants, permettent justement au réseau du mode par défaut de reprendre la main. Une marche sans téléphone. Un trajet sans musique.

Quelques minutes passées à regarder la mer ou les montagnes. Ces instants semblent improductifs.


Ils sont pourtant parmi les plus réparateurs pour notre cerveau. Le véritable luxe de l'été n'est peut-être plus dans le confort. Il est dans le vide que nous acceptons enfin de laisser exister.

Pourquoi avons-nous autant de mal à nous reposer ? Ce que les neurosciences nous apprennent sur la fatigue, la flemme et l'été

Toutes les fatigues ne se reposent pas de la même manière


Nous parlons de la fatigue comme s'il n'en existait qu'une.

En réalité, elle est multiple et il existe une fatigue physique.


Une fatigue cognitive.


Une fatigue émotionnelle.


Une fatigue motivationnelle.


Et chacune possède sa propre logique biologique. Dormir davantage aide une fatigue musculaire. Mais une fatigue cognitive demande surtout que l'on cesse de solliciter son attention. Une fatigue émotionnelle demande du calme, du lien, parfois du silence.

Une fatigue motivationnelle demande de retrouver du sens.


C'est pourquoi on peut rentrer de deux semaines de vacances avec un corps reposé... mais une tête toujours saturée. Nous avons récupéré une couche. Pas toutes les autres.


Le mauvais indicateur


Nous avons appris à nous poser une mauvaise question. « Est-ce que je tiens encore ? »


Le cerveau, lui, en pose une autre. « Combien cela me coûte-t-il ? »


Les neurosciences du stress parlent de charge allostatique.

Il s'agit de l'usure progressive provoquée par un stress chronique sans récupération suffisante.


Cette usure ne survient pas brutalement. Elle s'installe lentement.

Pendant longtemps, nous continuons à travailler, à gérer notre quotidien, à sourire.


Puis un jour, le corps dit stop. Le problème est qu'il parlait déjà depuis des mois.

Simplement, nous avions appris à ne plus l'écouter.


Pourquoi avons-nous autant de mal à nous reposer ? Ce que les neurosciences nous apprennent sur la fatigue, la flemme et l'été

Et si la fatigue essayait simplement de vous protéger ?


Tout au long de l'été, une même idée revient.


La fatigue n'est pas une défaillance. La flemme n'est pas un défaut moral. Le besoin de ralentir n'est pas un manque d'ambition.


Tous ces phénomènes remplissent une fonction. Ils nous signalent qu'un rythme devient difficile à soutenir. Qu'une récupération est nécessaire. Que le cerveau tente simplement de préserver ses ressources.


Nous passons beaucoup de temps à lutter contre ces signaux.


Peut-être gagnerions-nous davantage à apprendre à les écouter.


Cet été, je ne vous souhaite pas seulement de bonnes vacances.


Je vous souhaite de vous ennuyer un peu.

De marcher sans objectif.

De laisser votre téléphone dans votre sac.

De ne rien faire, parfois.


Parce que le cerveau ne récupère pas lorsqu'il est constamment occupé.


Il récupère lorsqu'on lui laisse enfin la possibilité de souffler.


Et si vous deviez retenir une seule idée de cette série estivale, ce serait peut-être celle-ci :

Votre fatigue et votre flemme ne vous trahissent pas. Elles essaient de vous protéger.


Références


  • Yoon JH, Kim Y, et al. Prevalence and associated factors of fatigue in the general population: A systematic review.Frontiers in Public Health. 2023. (Revue systématique portant sur plus de 623 000 participants.)

  • Neurobiology of mental fatigue: a systematic review. Behavior Research Methods. 2025. (Revue sur les mécanismes cérébraux de la fatigue mentale.)

  • Pessiglione M, et al. Institut du Cerveau. Travaux sur les circuits cérébraux de la motivation, l'arbitrage coût-bénéfice et la prise de décision.

  • Frontiers in Neuroscience. 2011. Revue sur les mécanismes neurobiologiques de la motivation et de l'effort.

  • Revue sur le Default Mode Network (DMN), le développement cérébral et la santé mentale. Biology. 2025.

  • Travaux sur l'errance mentale et le Default Mode Network. Social Cognitive and Affective Neuroscience.

  • Études sur les environnements naturels, la charge attentionnelle et l'activité du DMN. Scientific Reports. 2017.

  • Meta-analysis of the neural network of mental fatigue. Brain Communications. 2025. (Méta-analyse transdiagnostique des réseaux cérébraux impliqués dans la fatigue mentale.)

  • Revue sur les mécanismes centraux et périphériques de la fatigue. Frontiers in Physiology.

  • Kuppuswamy A. The fatigue conundrum. Brain. 2017.

  • McEwen BS, Stellar E. Stress and the individual: mechanisms leading to disease. Concept fondateur de la charge allostatique.

  • Juster RP, McEwen BS, Lupien SJ. Travaux sur l'indice de charge allostatique, le burnout et les profils de cortisol. Psychoneuroendocrinology.

  • Revue sur le stress chronique, le burnout et la dérégulation de l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HPA). 2025.

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